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LAMBERT MENDE OMALANGA, MINISTRE DE LA COMMUNICATION ET DES MEDIAS DE LA RDC

« Nous voulons mieux nous faire entendre »

Lambert Mende Omalanga

Lambert Mende Omalanga, le ministre de la Communication et des Médias de la République démocratique du Congo (RDC), était en Chine début septembre. A Pékin, il a plaidé pour une coopération renforcée entre l’Afrique et les pays émergents dans les médias. Ambition affichée : construire des médias congolais solides et s’émanciper de l’influence des anciennes puissances colonisatrices. Il a fait le point de son séjour dans lors d’une interview réalisée le 6 septembre 2011 par Li Xi, journaliste à Radio Chine Internationale. Cette importante interview, que MEDIASFRERES publie avec l’aimable autorisation de la chaîne, a été diffusée dans le magazine « Fréquence Afrique » de cette radio chinoise qui diffuse à l’international*.

[…] La Chine organise chaque année des formations de jeunes journalistes africains en Chine. Est-ce que ces formations apportent véritablement quelque chose par la suite, concrètement ?

Nous sommes très satisfaits de ces programmes, qui impliquent aussi bien les médias privés que les médias publics, parce que les échanges avec les homologues chinois sont extrêmement positifs et instructifs pour nos journalistes. C’est une autre façon de faire le journalisme. C’est aussi une expérience qui a mûri à travers diverses épreuves qui ressemblent à des épreuvres que nous avons également connues. Et en même temps, il y a une communion d’intérêts. Nous voulons, les Chinois comme nous, dans le secteur des médias, mieux nous faire entendre. Nous faire entendre du monde, et nous faire entendre de nous-mêmes, parce que nous sommes noyés par les images et les sons, sur nous, qui viennent d’ailleurs, et qui nous avilissent, parce que nous ne nous regardons qu’à travers les yeux des autres.

Il y a, dans mon pays, une vague de jeunes journalistes déterminés à se regarder avec leurs propres yeux. Déterminés à cesser de donner de leur pays l’image que voudraient donner nos colonisateurs d’hier. C’est pour moi une très grande avancée. Mais nous avons pris conscience aussi que seuls, nous ne parviendrons pas à mener cette lutte jusqu’au bout. C’est pourquoi nous recherchons la création de mécanismes de solidarité entre l’Afrique -le Congo notamment- et d’autres pays du Sud. De grands pays, comme la Chine , comme le Brésil, comme l’Afrique du Sud ou l’Inde. Pour qu’ensemble, nous puissions redevenir des êtres humains, dotés de droits, et notamment le droit de se regarder avec sa propre perception culturelle, sur les faits et sur les idées.

Les médias occidentaux dominent le monde parce que les capitaux occidentaux dominent le monde. Or, les pays émergeants sont ceux qui se portent le moins mal en termes de capitaux, déjà. Il faudrait qu’ils soient ceux qui se portent le moins mal en termes de rayonnement culturel et médiatique. Parce qu’ils ont les moyens qu’ils peuvent mettre à ce rayonnement. C’est à cela que nous voulons les appeler, et leur proposer une synergie qui nous mette tous ensemble. Pour équilibrer le regard que nous avons sur nous-mêmes à travers les médias.

Actuellement, quelle est la situation des médias congolais, selon vous ? Quels sont les principaux obstacles à leur développement ?

Aujourd’hui, on peut dire que l’obstacle principal au développement des médias congolais est logistique. Parce que du point de vue des libertés, de la liberté d’expression, de la liberté d’informer, nous avons atteint un point de non-retour dans les années 90. Avant même que nous n’entrions de plein pied dans la démocratisation des institutions. Les médias ont gagné leur liberté, vers la fin des années Mobutu. Il n’y a plus eu de retour en arrière. Nous sommes partis, et maintenant, je pense que ce qu’il nous faut, c’est mieux équiper ces médias, pour qu’ils puissent être diffusés sur l’ensemble du pays, et qu’ils puissent aussi être reçus à l’extérieur, comme nous aussi, nous recevons les médias qui viennent d’ailleurs.

Qu’est-ce que la Chine pourrait apporter aux médias congolais ? Des techniques, du matériel ?

Il y a en Chine une technologie assez avancée par rapport à celle que nous avons au Congo. Nous voudrions bénéficier de ces technologies, de ces transferts de technologies. Il y a des capitaux que nous pourrions demander qu’ils soient investis ensemble, avec des partenaires congolais, pour développer le secteur des médias. Les gens n’y perdent pas, au contraire. Ce sont des capitaux qui sont investis pour faire gagner ceux qui investissent. Mais en même temps, les médias y gagnent, parce qu’ils élargissent leur spectre de réception, à travers l’opinion, ils deviennent des entreprises beaucoup plus rentables. Li Xi, journaliste à Radio Chine Internationale Selon vous […], quelles sont les perspectives des coopérations entre les médias congolais et chinois ? Quelles sont vos attentes ?

s de participer à des négociations de haut niveau entre notre chaîne nationale et un groupe de médias audiovisuels chinois, Star Times. Je pense que nous allons accompagner la mise en oeuvre de ce projet, qui va voir Star Times ouvrir une succursale à Kinshasa, de concert avec la RTNC (Radio Télévision Nationale Congolaise, N pour nous accompagner dans le projet de numérisation de la radio et de la télévision en République démocratique du Congo d’ici 2015. Il s’agit d’investissements importants, mais il s’agit d’investissements, aussi, qui peuvent assurer un retour sur investissement pour la partie chinoise qui conçoit cet investissement.

Interview réalisée par Li Xi, journaliste à Radio Chine Internationale - 6 septembre 2011

* Nous tenons à remercier Ludovic Ehret, diplômé de l'IUT de journalisme de Bordeaux et de l'IJBA, journaliste à Radio Chine Internationale, qui a mis notre disposition de ce texte.

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